Le lit de la princesse au petit pois

C’est fou comme l’être humain peut s’adapter au changement.

J’ai gardé la maison d’une amie pendant son voyage.

J’ai dormi dans un lit très haut durant dix nuits.

Je me sentais comme dans le lit du conte de la princesse au petit pois.

Je m’appuyais sur la table de chevet à côté du lit pour m’aider à monter dans celui-ci.

Je me laissais glisser quand j’en descendais.

Chose que j’ai fait assez souvent ayant une vessie plutôt active la nuit !

J’avais toujours un peu la crainte de tomber en bas du lit pendant mon sommeil. Comme ce lit est très large, je m’étais aménagé un espace au milieu avec tout plein d’oreillers.

Retour chez moi. Toujours agréable de retrouver son lit.

La première nuit, ma chère vessie active me commande de me lever. Je pense aussitôt à me laisser glisser le long du lit par réflexe.

Évidemment que mes pieds ont touché terre plus rapidement et c’est en faisant une génuflexion que j’ai failli aller embrasser la porte du garde-robe devant moi.

Ma tête est revenue chez moi, mais mon corps n’a pas encore tout à fait enregistrer le message !

Chez mon amie Barbara

Verglas toute la journée du cinq avril. Dernier soubresaut de l’hiver.

Mon départ est devancé d’une journée.

La panne d’électricité pendant presque vingt-quatre heures.

Mon début de gardiennage de la maison, de la chienne malamute Bella, de Betsy, la vieille minette de dix-neuf ans, commence raide.

Je passe la première journée confinée dans la pièce où il y a un foyer. Au moins je suis au chaud dans cette pièce. Le reste de la maison est un vrai frigidaire.

Je rêve d’un bon bain chaud. J’ai toujours envie de prendre un bain chaud lorsque j’ai froid.

L’électricité revient un peu moins de vingt-quatre heures plus tard.

Fiou ! Pas besoin de vider le frigo !

Je me délecte à l’idée de prendre ce bon bain chaud dans ce magnifique bain autoportant !

Le soir, je fais couler l’eau chaude, ajoute du bain moussant. J’allume une bougie.

Là s’arrête la magie !!!

Aussitôt que j’essaie de m’allonger dans cette “magnifique” baignoire, voilas-tu pas que je me mets à glisser comme un poisson que l’on essaie d’attraper avec ses mains !

Pas moyen de m’allonger, je glisse aussitôt dans l’eau ! Si je ne me retenais pas aux rebords, j’enfilerais la tête sous l’eau.

Après plusieurs essais infructueux, tant qu’à rester assise, je décide de sortir de ce foutu bain !

Pas moyen ! Je glisse au point où je suis incapable de me lever. Une vraie patinoire !

Je suis au désespoir ! Je me dis que je suis prise là pour la semaine comme une baleine prise à l’embouchure du fleuve St-Laurent !

Heureusement, mon amie a eu la brillante idée de mettre un tabouret de bois contre la baignoire, sinon je serais encore là !

Après bien des péripéties, je réussis à m’extirper de cette fâcheuse position. Pas besoin de préciser que je n’ai pas renouvelé l’expérience.

Vive la douche !!! Beaucoup plus simple ! Quoique ! Avec tous les bidules pour ouvrir les jets d’eau, j’ai bien mis cinq minutes avant de savoir comment elle fonctionnait.

Il s’en est passé des drôles de choses pendant mon séjour chez mon amie.

J’ai bien mis deux jours avant de comprendre d’où venait la voix féminine que j’entendais dehors chaque fois que je sortais prendre des bûches de bois. Trop dans ma bulle avec cette panne d’électricité, j’entendais cette voix, mais ne portais pas attention à ce qu’elle disait. Je me disais qu’une voisine était dehors en train de ramasser, elle aussi, du bois pour chauffer ou des branches d’arbre tombées. Je trouvais quand même ça curieux d’entendre toujours cette dame chaque fois que je sortais dehors.

Deux jours plus tard, j’ouvre la porte d’entrée et j’entends de nouveau cette voix de femme qui dit : ” porte ouverte” !

Ben là, j’avoue que je me suis trouvée un brin innocente ! À ma défense, je dois dire que les portes chez moi ne parlent pas !!!

Il y a eu aussi l’évènement de mon tricot qui se promenait tout seul du salon à la salle à dîner. En suivant le fil, j’ai réalisé que la chère Bella se sauvait avec ma balle de laine dans sa gueule, le tricot et l’aiguille circulaire suivant par terre derrière. Après quelques tours autour de la table, j’ai réussi à récupérer mon tricot sain et sauf ! Traîner un traîneau ou un tricot, une malamute reste une malamute ! Je ne pourrai jamais porter ce foulard plus tard sans sourire et me rappeler ce souvenir cocasse !

Je suis de retour chez moi le cœur plein de beaux souvenirs de Bella et Betsy.

Je suis de retour chez moi où les portes ne parlent pas, où le bain est ordinaire, mais tellement confortable !

Avril

Pour les petits farceurs du monde entier, le premier avril est le moment de jouer des tours pendables aux autres pour avoir le plaisir de s’écrier “Poisson d’avril” et rire un bon coup !

Même si dans les faits le printemps arrive le 21 mars, pour moi le premier avril est le premier vrai jour du printemps.

Je fredonne la chanson C’était au premier jour d’avril d’Alain Barrière et j’image les côtes abruptes des falaises de Cornouailles balayées par les vents sous une pluie fine et froide. Et l’expression En avril, ne te découvre pas d’un fil prend tout son sens.

Ce qui me revient surtout en mémoire, c’est le mois d’avril de mes douze ans.

Je ferme les yeux. Je me revois. J’étrenne un manteau de printemps, des souliers blancs et neufs. Un petit sac à main. Toute la neige a fondu. Je marche avec bonheur dans ce printemps tout neuf et prometteur des beaux jours à venir. Je suis sur mon petit nuage.  

Le souvenir de l’odeur du soleil et de la poussière est puissant. Si j’essaie de trop retenir cette image, elle s’enfuit. Cette sensation doit rester fugace pour garder toute sa magie.

Plusieurs printemps sont passés dans ma vie depuis et la magie de ce souvenir opère toujours aussi fort à chaque nouveau premier jour d’avril

Et puis lentement

Le temps a passé…

L’automne est entré dans sa vie

Elle commence à penser

Au grand âge qui se faufile à l’horizon

Un jour, ses enfants deviendront ses parents

Sauront-ils à leur tour avoir cette patience

Qu’elle a eu dans leur petite enfance

Pour leur apprendre à faire leurs nuits, à manger, à parler, à marcher, à être propre

Auront-ils la patience de l’aider à boutonner sa chemise

La laisser finir ses phrases

 Ne pas la disputer si elle se répète, si elle s’échappe

Lui tenir le bras et ralentir leurs pas

Veiller à ce qu’elle ne tombe pas

Trouver du beau dans tout ce qui se défait lentement

Dans cette vieillesse qui déconstruit un être humain

Pour permettre ensuite à l’âme de retourner

À la Maison

Ma Loulou

Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé les chiens. Je me souviens d’un basset que je prenais par les pattes de devant et avec lequel je dansais dehors dans les champs de fleurs sauvages lorsque j’avais quatre ou cinq ans, d’un gros St-Bernard sur lequel je me couchais par terre dehors, d’une petite chienne pure race bien mélangée qui s’appelait Bouboule, quelques chiens berger allemand, race que mon père affectionnait particulièrement. Ils ne restaient jamais très longtemps. Mon père finissait toujours par les donner ou les faire disparaître….. Dans ce temps-là, un chien, ça restait dehors sur la ferme ou au bout d’une chaîne accrochée à une niche. Les vétérinaires étaient rares et les gens ne dépensaient pas pour les garder en vie et en santé. 

J’en ai ramené des chiens chez moi, quelques années plus tard. Pour les voir disparaître quelques jours, quelques semaines ou quelques mois plus tard !

Aussitôt partie de chez mes parents, je suis allée chercher un chien. Une femelle colley. Elle a vécu onze ans. Par la suite, j’ai eu deux colleys qui ont vécu jusqu’au bout de leur vie respective.

Et puis une golden retriever est entrée dans ma vie. Des gens l’avaient trouvée sur la route et l’avaient amené au refuge pour chiens le plus près. Cette jeune chienne ne payait pas de mine. Elle était maigre et avait eu des bébés quelques semaines auparavant. Ma deuxième chienne colley venait de mourir de vieillesse et je m’ennuyais d’avoir un chien. J’ai eu un coup de cœur pour cette golden attachée à un arbre, qui pleurait avec un bout de bâton de bois dans la gueule. Je suis repartie avec elle. Je l’ai fait stériliser. Une bonne nutrition, de longues marches et beaucoup d’affection sont devenues ses habitudes quotidiennes. Ce ne fut pas facile pour autant. Loulou prenait la clé des champs aussitôt que la porte de la maison s’ouvrait. Je l’ai ramené quelques fois au bercail en me demandant si elle finirait par développer un lien d’attachement avec moi un jour ! Elle est devenue au fil des mois une magnifique chienne enjouée et attachante.

Un an plus tard, je vendais ma maison et déménageais en banlieue. Comme Loulou était une chienne de maison, ça ne me posait pas de problème.  Elle ne semblait pas affectée le moins du monde de passer d’une grande maison à un appartement. J’ai trouvé un travail à temps partiel au début. Je l’amenais marcher plusieurs fois par jour. Les trois premières années qui ont suivi mon déménagement se sont passées ainsi pour Loulou et moi. Puis je suis entrée sur le marché du travail à temps plein, soit quarante heures par semaine. Je rentrais chez moi, exténuée après le travail. Plus de temps pour de belles grandes marches. Seulement des marches la fin de semaine. Ça me faisait de la peine de voir Loulou toute excitée de me voir à mon retour, moi qui n’avais plus aucune énergie en réserve pour elle. Elle me faisait la fête, puis retournait se coucher sur son coussin, la mine basse. Elle passait toutes ses journées seule. Je la sortais le soir pour qu’elle puisse faire ses besoins et le matin en vitesse avant de partir travailler. Je me sentais de plus en plus coupable, partagée entre mon obligation de travailler pour gagner ma vie et celui de donner du temps à ma chienne. Mon style de vie avait complètement changé en quelques années. Malgré tout Loulou semblait se contenter de cette réalité, même si je pensais qu’elle devait sûrement s’ennuyer. Un soir, en rentrant du travail, j’ai trouvé la poubelle renversée et le contenu éparpillé par terre. Loulou n’avait jamais rien détruit, ni fouillé dans les poubelles pendant mon absence. Elle n’avait jamais fait de dégâts dans la maison. Quand un chien commence à avoir ce genre de comportement, c’est un signe que quelque chose ne va pas. Loulou n’avait plus une vie bien excitante et stimulante. Elle vieillissait aussi. Et je voulais lui procurer ce dont elle avait besoin.

C’est pourquoi, après mûre réflexion, j’ai pris la décision de lui trouver un nouveau foyer. Ma peine était immense, mais comme ma chienne était totalement dépendante de moi pour son bien-être, c’était à moi d’apporter des changements pour qu’elle soit bien. C’était une gentille chienne, douce et obéissante. Elle était encore en forme et en bonne santé malgré ses huit ans et quelques mois. Elle aimait tout le monde. Elle aimait beaucoup les enfants. Elle m’était très attachée, mais je savais qu’elle serait aussi bien avec une famille qui aurait du temps pour s’occuper d’elle. Je souhaitais lui trouver un bon foyer dans lequel elle pourrait continuer sa vie. J’étais convaincue qu’elle pouvait vire encore plusieurs années. Je souhaitais trouver un couple ou une famille qui aime passionnément les chiens et qui aurait du temps à consacrer à une gentille golden toute blonde. Je souhaitais pouvoir aussi rester en contact avec Loulou et la voir de temps à autre. C’est une gentille famille avec six enfants qui ont réussi à gagner ma confiance. Nous avons procédé graduellement et Loulou est finalement partie vivre dans cette famille. Je demeurais la gardienne pendant les vacances et je pouvais l’avoir avec moi quand je voulais. Loulou s’est très vite adapté à sa nouvelle vie. J’ai pu la voir et la garder régulièrement pendant deux ans.

La dernière fois que je l’ai gardé, c’était pendant mon mois de vacances. Quand je suis allée la reconduire dans sa famille d’adoption, pour la première fois, elle n’a pas voulu sortir de l’auto. Son comportement m’a troublé. Nous venions de passer un mois ensemble et elle était en pleine forme. Ensuite, quand l’automne est arrivé, Loulou a commencé à moins bouger, les enfants semblaient la déranger, il lui arrivait de s’échapper et faire ses besoins dans la maison. J’ai reçu un appel de sa maîtresse adoptive début décembre. Loulou n’allait pas bien. Elle toussait beaucoup. Elle n’avait pas mangé depuis deux jours et avait de la difficulté à respirer. J’étais à mon travail et à quelques heures de sa famille d’adoption. Le vétérinaire a diagnostiqué une pneumonie. Ses poumons étaient aux trois quarts emplis d’eau et Loulou était complètement déshydratée. Elle avait très peu de chance de s’en sortir. Nous n’avions pas, ni moi, ni sa famille adoptive, l’argent pour la faire soigner. Et ce n’était pas assuré qu’elle s’en sortirait. Après en avoir discuté, j’ai alors décidé que ce serait mieux de la faire euthanasier. Sa maîtresse adoptive attendait mon accord pour agir. J’aurais aimé prendre Loulou dans mes bras et l’accompagner dans son départ. Mais elle était trop souffrante. Je ne voulais pas qu’elle souffre plus longtemps. Loulou est partie dans les bras de sa maîtresse adoptive, ses beaux yeux doux de golden fixés sur elle. Elle semblait lui dire merci de la laisser partir. On a beaucoup pleuré. Je me suis sentie coupable de ne pas avoir été capable de garder Loulou après son séjour chez moi au mois d’août. Je me suis rendue compte qu’elle était tout simplement rendue au bout de sa vie de chien. Malgré tout, je savais qu’elle avait eu une belle vie remplie d’amour, et ce, en double ! Nous avions fait de notre mieux avec les moyens que nous avions pour que notre Loulou soit heureuse. Et elle a été très aimée et choyée.

Quelque temps après son décès, j’ai rêvé à Loulou. Elle s’amusait avec d’autres chiens et des enfants. Quand elle m’a vu, elle est venue vers moi en courant. Je me suis penchée sur elle et l’ai serré très fort dans mes bras. Je l’ai regardé longuement. Elle a appuyé son front sur mon front. Je voyais qu’elle était guérie de sa pneumonie. J’ai ouvert mes bras et après un dernier regard, elle est repartie rejoindre ses amis. Quand je me suis réveillée, j’ai compris que Loulou était venue me dire au revoir et qu’elle était bien. J’ai alors su que le paradis des chiens existe, que Loulou y habite et que je la retrouverai un jour.

Ma mère me disait

“Si mes cheveux sont blancs
Si, sur mon front, tu vois marqué le temps
Tu m’as donné ces rides, mon enfant”

Ma mère me disait “Mes yeux se font plus gris
À chaque nuit où je n’ai pas dormi
J’ai tant veillé quand tu étais petit”

J’ai vu ce matin en m’éveillant
Mon premier cheveu blanc

Ma mère me disait “Tu crois cueillir la fleur
D’éternité, mais dans ta main, elle meurt
Et tant de choses sont mortes dans mon cœur”

Ma mère me disait “Te restera l’amour
Il faut donner, sans attendre en retour
Tout ton amour, tu l’apprendras un jour”

J’ai vu ce matin en m’éveillant
Mon premier cheveu blanc

Auteurs-compositeurs : Eric Charden, Michel Delancray, Mya Micheline Helye

J’avais autour de quinze ans quand j’ai entendu pour la première fois cette chanson interprétée par Gilles Dreu. Ces paroles ont raisonné en moi comme si j’avais la certitude au plus profond de mon être que je serais mère un jour. C’était viscéral. Ça venait de mes tripes !  

Le temps a passé tellement vite ! La louve a laissé partir ses petits. J’écoute encore souvent cette chanson et je suis toujours autant émue par les paroles, par le rire et la voix chaude et profonde de Gilles Dreu.

Cette magnifique chanson est un pont entre mon adolescence et l’automne de ma vie.

Un à un

Vos corps ont glissé du mien

Allant vers la vie

Laissant mon ventre vide

Emplissant mon cœur d’amour

Je garde en souvenir

L’odeur de l’animal qui met bas

Mon corps porte encore

Les traces de vos nids

Bâtis d’amour

De tendresse infinie

À tour de rôle

Vous partez

Je ne peux qu’ouvrir les bras

Laisser l’oiseau s’envoler

Existe-t-il un ailleurs

Un autre univers

Que cette terre de méchanceté

De barbarie humaine

D’ignobles crimes

La poésie m’aide lorsque ces pensées m’assaillent et me font dériver vers le découragement face à tout ce qui se passe dans le monde, sur notre planète.

Une fleur qui pousserait dans la cendre

Une source qui mouille le désert

Une voix que toi seule peut entendre

Quelques mots tracés dans la poussière

Une porte qui s’ouvre sur la mer

Une larme qui coule de la pierre

  • Signe de vie Pierre Flynn

La poésie de Marie

Mon amie Marie écrit des poèmes magnifiques. Avec sa permission, en voici un que j’aime particulièrement :

Elle avait le derrière pesant…

Elle a pris le temps de vivre.

Elle a pris le temps de s’asseoir, de réfléchir, de penser, de se recueillir…

Se cueillir, comme on cueille une fleur au jardin…

Sentir que la vie l’habite…

Humer tous les parfums de sa vie.

Visualiser sa vie, pour s’apercevoir de ses forces et de ses faiblesses.

Elle avait le derrière pesant, très pesant, tellement que parfois, elle avait peine à se lever… se lever, pour faire…

Elle voulait être avant de faire.

Elle voulait écouter, entendre son discours intérieur.

Elle voulait faire le ménage dans sa tête.

Elle voulait goûter aux bons fruits du calme, du silence, de la paix.

Elle voulait retrouver le chemin qui mène à son centre…

Elle voulait toucher à son unicité et expérimenter un peu de légèreté.

Elle est maintenant quelquefois en harmonie avec son être.

P.S. Papa, tu m’as définitivement bien saisie…

Mariji

11/06/09

Comme dans un rêve

Après plusieurs années à me demander si je souffrais de dépression saisonnière, j’ai finalement acheté une lampe de luminothérapie la semaine passée.

Je ne sais pas si c’est parce qu’aujourd’hui c’est le premier mars ou si c’est l’effet bénéfique de lampe de luminothérapie qui commence à se faire sentir, mais ce matin, très tôt, entre le sommeil et le réveil, j’ai senti le voile de la grisaille quitter mon corps physique. Le sentiment de liberté que j’ai ressenti était tellement fort que ça m’a réveillé !

La psychologue m’a conseillé de commencer tôt l’année prochaine, à l’apparition des premiers symptômes en septembre, l’exposition à la luminothérapie.

Je ne peux pas empêcher mon corps de souffrir du manque de luminosité à chaque année, et ce, pendant plusieurs mois, mais je vais faire le maximum pour avoir le minimum de désagrément durant cette période passagère qui revient comme un bon chien fidèle à chaque année !

Camée

Je suis sortie chercher ma poste ce matin. En revenant, j’ai ouvert la porte et j’ai eu le réflexe de regarder dans l’entrée en me disant que Camée était pour m’accueillir en miaulant. Je sais que je vais garder ce réflexe pendant longtemps. Parce que même si elle n’est plus là physiquement, sa présence se fait toujours sentir et se fera sentir aussi longtemps que je vivrai dans cet appartement.

Camée a partagé ma vie durant onze ans. Je l’ai adopté à l’âge de sept ans. Je ne pensais jamais qu’elle vivrait aussi vieille quand je suis allée la chercher chez l’éleveuse Isabelle Bellavance, de la chatterie Kebekat.

Après avoir vu un chat de race Ragdoll à l’émission Bêtes pas bêtes au début des années 90, je me suis promis que si un jour, j’adoptais un chat, ce serait un Ragdoll.

Mon souhait s’est réalisé plusieurs années plus tard.

J’aurais aimé adopter un chaton, mais je n’en avais pas les moyens. J’ai plutôt adopté une petite femelle nouvellement retraitée et stérilisée suite à son rôle de maman qui venait de se terminer. Le montant répondait à mon budget et l’éleveuse pouvait témoigner du tempérament de sa petite protégée qui avait, disait-elle, son petit caractère et était très sociable. Ce qui s’est révélé vrai à cent pour cent.

J’ai aimé regarder vivre et partager la vie de cette petite minette. Elle adorait jouer et courir comme une folle à travers l’appartement. Elle me suivait partout comme un chat chien !

Jusqu’à l’âge de quinze ans où elle est tombée aveugle. Fini les jeux. J’ai eu beaucoup de peine pour elle jusqu’à ce que finalement, je m’aperçoive qu’elle n’était pas malheureuse du tout et qu’elle s’accommodait très bien de son état. Elle continuait de vivre sa vie et elle était bien. Elle continuait de me suivre partout et de miauler pour savoir où j’étais.

Son état de santé a décliné d’un coup pendant les six derniers mois de sa vie. Je savais que c’était une question de temps avant que Camée s’en aille au paradis des chats. Je m’y suis préparée. Et j’ai profité de sa présence au maximum.

Malgré tout, j’ai vécu une peine immense le jour où j’ai dû prendre la décision de l’aider à partir. Elle ne mangeait plus depuis une semaine. Elle marchait avec difficulté, tombait d’un côté puis de l’autre. Elle venait se coucher à mes pieds et dormait tout le temps.

Je l’ai pris dans mes bras toute la journée et le soir, je me suis rendue chez le vétérinaire. J’ai pu garder Camée dans mes bras pendant une heure après qu’elle a reçu la première injection calmante. Quand j’ai été prête, la vétérinaire est venue faire l’euthanasie. J’ai encore gardé Camée dans mes bras pendant une heure. J’ai pleuré ! Bon dieu que j’ai pleuré !

J’ai trouvé très difficile de prendre la décision d’arrêter la vie d’un être vivant. Les techniciennes Carolina et Jacinthe m’ont entouré de tout leur soutien et m’ont rassuré à savoir que j’avais pris la bonne décision. Avoir attendu aurait été pire pour Camée. Elles m’ont bien fait rire en me disant que Camée a eu une très belle vie de princesse avec sa propre chambre et son fauteuil !

Oui, c’est vrai que Camée a été très aimée et gâtée et j’en suis contente aujourd’hui. Elle est partie au bout de sa longue et belle vie de chat.