Je vais faire ton portrait

Je suis assise tout près de mon petit-fils Rémi qui s’amuse à dessiner au tableau noir sur pied.

Je suis dans une bulle de bonheur, un sourire béat sur le visage.

Il me dit : je vais faire ton portrait grand-maman Didi !

Son regard va et vient entre mon visage et le tableau. Ses gestes sont rapides.

Je suis fascinée de le voir laisser libre cours à son artiste intérieur.

Je suis assise confortablement dans mon fauteuil, une main sous le menton.

Il m’a dessiné debout, les bras de chaque côté du corps.

J’adore qu’il ne soit pas encore rendu à vouloir dessiner absolument ce qu’il voit. Ça viendra bien assez vite le moment où il jugera ses dessins et sera mécontent des résultats. Pour l’instant, il dessine plutôt la façon dont il me voit.

Il est fier de me montrer le résultat. Et moi, je suis touchée de voir ce sourire et ces yeux rieurs qu’il m’a dessinés. Il a réussi à capter l’essence de mon émotion.

J’ai pris une photo du dessin sur le tableau noir avant qu’il ne l’efface pour y faire un autre dessin.

Ça s’appelle une œuvre éphémère !

Le plus beau sourire du monde

C’était la semaine de la prévention du suicide du 5 au 11 février 2023.

Où que tu sois ma p’tite sœur, je t’aimais, je t’aime et t’aimerai toujours.

Cette chanson de François Valéry me fait toujours penser à toi et autant pleurer à chaque fois que je l’écoute.

Je t’écris cette lettre en musique

Comme un voyage magique

Pour parler avec toi

Je t’écris pour te dire que je n’en veux plus ni à Dieu ni au ciel

Des oiseaux d’Australie

Je t’écris, je te sens tout près de moi

Et c’est à croire qu’ici-bas

La mort n’existe pas

Tu vis dans mon cœur, dans mon sang

Chaque jour, chaque nuit

Je sais que tu vis

Que tu m’aimes comme je t’aime

Que tu ris comme je ris

Je sais que tu vis

Que tu chantes comme je chante

Ne pleure je t’en prie comme je pleure aujourd’hui

Je sais que tu vis

Je t’écris, je revois notre enfance

Qui se balade et qui danse

T’es ma meilleure amie

Je t’écris, c’est ta voix qui me manque

Ton sourire et tes mains

Qui sentaient bon la vie

Je t’écris, je te serre fort dans mes bras

Et c’est à croire qu’ici-bas

La mort n’existe pas

Je sais que tu vis

Que tu m’aimes comme je t’aime

Que tu ris comme je ris

Je sais que tu vis

Que tu chantes comme je chante

Ne pleure je t’en prie comme je pleure aujourd’hui

Je t’écris cette lettre en musique

Comme un voyage magique

Pour parler avec toi

Je t’écris pour te dire

Que je n’en veux plus ni à Dieu ni au ciel des oiseaux d’Australie

Un de mes petits bonheurs !

C’est arrivé la semaine passée. Au beau milieu de l’après-midi. En plein milieu de semaine. J’étais assise en train de tricoter. J’ai soudainement ressenti une lourdeur descendre à l’intérieur de moi.  Comme une chape de plomb recouvrir ma quiétude. La tête qui serre, prise dans un étau.  La mélancolie qui s’installe. Envie de rien. Juste envie de dormir. Le manque d’appétit. Aucune énergie. Je connais ses signaux.

Pour avoir déjà fait une dépression, je sais que ce n’est pas ce qui se passe. C’est plutôt une déprime. Une fatigue immense. J’hibernerais si je pouvais ! Cela revient presque à chaque année. Plus ou moins fort. Je sais que je ne prends pas assez l’air. Que je ne fais pas suffisamment d’exercice.

Alors aujourd’hui, j’ai décidé de sortir. L’air frais et le soleil m’ont tout de suite fait du bien. Je suis allée déjeuner au resto. Patati au smoked meat et légumes. Un arrêt au vrac et j’ai ensuite passé l’après-midi à la bibliothèque. J’ai lu des revues. Rien que des petites lectures légères ! Rien pour me prendre la tête.

J’ai compris avec les années que ça finit par passer. Le printemps revient toujours et mon énergie aussi.

En attendant, et c’est le pas le plus difficile à accomplir, j’accueille cet état d’être. Cet état d’âme. Cette léthargie hivernale. Je prends soin de mon être intérieur et de mon corps physique aussi. De retour chez moi, je me suis fait couler un bon bain mousse. J’ai ajouté des sels de bain au sureau et argousier ainsi qu’une bombe de bain à la lavande. Ça sentait divinement bon dans ma petite salle de bain. Là, profondément enfouie sous la mousse, je me suis laissé bercer par l’eau chaude et j’ai senti un bien-être m’envahir !

Mon grand-père Arthur

Cherche pas la p’tite, elle est avec moi !

C’est ce que mon grand-père disait à ma mère quand j’étais toute petite et qu’elle ne me trouvait pas.

Je suis toujours touchée par le regard de tendresse de mon grand-père sur moi sur cette photo.

Mon grand-père Arthur, c’était l’homme de ma vie quand j’étais enfant. Je le suivais partout et j’adorais me faire bercer par lui. Je me sentais enveloppée par sa douceur, sa gentillesse, sa tendresse.

Il y a déjà bien des années que mon grand-père est parti. Pourtant, lorsque je regarde cette photo, je ressens toujours le même élan du cœur. Mon amour pour lui est toujours aussi grand, intact malgré son absence.

Sans le savoir, mon grand-père m’a ouvert le chemin. Il m’a appris le rôle de grand-parent.

J’aimerais que mes petits-fils Léon et Rémi se disent une fois plus vieux et même bien des années plus tard, que leur grand-maman les a profondément aimés. Parce que l’amour d’un grand-père et d’une grand-mère, fait partie du socle solide sur lequel ils peuvent et pourront toujours s’appuyer pour traverser les vents contraires, les aléas de la vie.

Et c’est ainsi, qu’à leur tour, plus tard, ils pourront transmettre à leurs petits-enfants cet amour inconditionnel.

La clairière de l’enfance

Notre enfance s’est enfuie…

Notre enfance est partie…

Le temps a filé…

Je ne l’ai pas vu passer

Mais, je n’ai pas oublié

Nos jeux préférés

Cape de Zoro ou Batman

Héros imaginaires

Personnages venus du fond des mers

Étranges habitants de l’espace

Je m’en souviens

Comme si c’était hier

Mes sœurs, mes frères

Comme je vous aimais

Il y a des jours comme ça !

Je ne sais pas pourquoi, mais il y a des jours où tout va de travers !

J’installe des caissons sur un mur cet après-midi avec le ruban collant qu’ils annoncent à la télé. Ce fameux ruban collant qui tient bon même quand un homme met tout son poids sur l’objet collé ! Sur l’un d’eux, j’ai mis mon petit cactus de Noël, qui n’a jamais fleuri soit dit en passant, et quelques petits livres à l’intérieur.

Pendant que je commence à prendre mes mesures pour installer une toile sur le mur opposé, v’là tu pas qu’un des caissons tombe ! Celui avec le cactus évidemment !

Ramasse le dégât ! Je m’en vais ensuite chercher le pot de vis pour installer ma toile. Le pot me glisse des mains et se renverse partout dans la garde-robe, grande comme ma main qui me sert de rangement.

Bon ! là, j’ai compris ! Je lâche tout et m’en vais préparer le souper. J’ouvre une boîte en carton et me coupe avec le carton !

Mon frère me dirait que je suis mal lunée ! C’est sûrement ça !!!

Solitude face à la mer

Une amie m’a montré une photo de sa petite fille assise devant la mer. Il m’est aussitôt revenu en mémoire le livre Solitude face à la mer d’Anne Linbergh que j’ai lu vers la fin de ma vingtaine.

Ce livre m’avait alors bouleversée. J’étais une très jeune mère de trois enfants, débordée dans mon rôle de mère et complètement ignorante de la femme que j’étais en dehors de ce rôle.

L’auteur a écrit ce livre dans les années cinquante. En lisant ce livre, je me suis rendue compte que même dans les années quatre-vingt, je vivais les mêmes questionnements. 

J’ai grandi en me disant que le rôle traditionnel des femmes ne m’attirait pas. Je croyais à l’égalité des sexes, au partage des tâches à l’intérieur du couple.

Force m’a été d’admettre que ma réalité était beaucoup plus près du modèle traditionnel d’homme pourvoyeur et mère au foyer. En lisant ce livre, j’ai senti les murs qui m’enserraient, mon insatisfaction dans ma vie de femme de ne pas avoir pu changer les choses comme je le souhaitais.

Une fois passé cette constatation, j’ai commencé à chercher ce que j’avais envie de vivre comme femme, comme être humain. Comment découvrir qui je suis en dehors de la maternité.

J’enviais cette femme qui s’était isolée, seule face à la mer, pour réfléchir à sa vie, faire le bilan. Je me souviens avoir ressenti une peine sourde de ne pas me permettre cette introspection. J’avais tant besoin de solitude, mais j’étais incapable de m’éloigner de mes enfants, de ma famille.

Je ne suis pas allée faire d’introspection seule face à la mer. J’ai fait mon introspection seule face à moi-même au fil des années qui ont suivi. J’ai fait des choix parfois heureux, parfois déchirants. J’ai fini par découvrir le diamant brut qui sommeillait en moi. Et je n’ai de cesse de le façonner, le polir pour en extraire le meilleur.

J’ai la chance d’habiter un pays où les femmes ont le droit de choisir leur vie, ont la liberté de choisir un métier qui leur plaît, conventionnel ou non, ont la liberté de porter les vêtements qui leur plait, d’avoir des enfants ou non, de rester à la maison pour les élever ou non. Ce n’est pas ainsi partout dans le monde.

Cela me blesse profondément quand je vois que le principe féminin est si peu valorisé alors que l’être humain n’existerait même pas sans le concours des femmes sur notre chère et belle planète bleue qui tourne toute seule dans le vide de ce vaste univers !

Pour ce petit bout de femme qui regarde la mer, combien de petites filles à travers le monde ne connaîtront même pas la signification du mot liberté !

Je suis heureuse pour cette petite fille qui a la vie devant elle. Sa vie lui appartient. J’aimerais tellement que toutes les petites filles de la terre aient cette chance.

Cher Boucar !

Je viens de terminer la lecture du livre Ce que la vie doit à la mort, quand la matriarche de famille tire sa révérence de Boucar Diouf.

J’ai trouvé quelques-unes de ses réflexions savoureuses :

“Merci de m’avoir enseigné que le bonheur entrait dans une personne à la hauteur de l’ouverture qu’il aménage dans son cœur pour les autres”.

“Au tout début, c’est la mère qui accueille la maigre et frétillante contribution paternelle. L’ovule est au moins 4 000 fois plus gros que la tête d’un spermatozoïde”.

“L’humain, c’est cet enfant venu des flots qui garde toujours dans son océan intérieur des souvenirs de ses profondeurs marines”.

Elle va bien !

J’ai vécu l’expérience de la maternité de long en large. Des années bénies de l’enfance de mes enfants, il me reste les souvenirs. Quand on a la vie devant soi, on a l’impression que les moments difficiles ne finiront jamais et que les moments merveilleux passent toujours trop vite. Finalement, tout passe. On s’en aperçoit quand on a plusieurs années derrière soi. Vient alors le temps des bilans.

Je me suis souvent demandé quel genre de mère ai-je été ?

J’ai souvent fait des erreurs. Il m’est arrivé souvent de sentir que je n’étais pas à la hauteur.

Je me suis souvent dit que j’étais trop ou pas assez, pas assez comme si, trop comme ça, que j’aime trop, que j’aurais dû dire ceci ou ne pas dire cela, que j’aurais dû agir ainsi et pas comme ça.

Je sais aussi que j’ai été une mère qui a donné le meilleur d’elle-même à chaque étape de cette expérience de vie.

Vient un temps où l’on se sent un peu usé. On a envie de penser à soi. Au temps qu’il nous reste à vivre. À ce temps qui passe si vite.

 Il n’y a pas si longtemps, quelques mois à peine pour tout dire, j’ai décidé que ma mère intérieure avait fini son shift ! T’as fait de ton mieux que je lui ai dit. Il est temps de te reposer. J’ai alors pris la main de ma mère intérieure. Je lui ai fait un lit tout moelleux. Vaporisé les draps à la lavande.  Mis de la musique douce.  Repose-toi que je lui ai dit en la bordant avec tendresse.

Le vingt-trois décembre, ma grande fille m’appelle. Sa petite minette de quatre mois qu’elle vient tout juste d’adopter a eu un accident. La petite Louna est chez le vétérinaire en difficulté respiratoire.  Ma fille pleurait. J’ai senti la détresse dans sa voix quand elle a dit « maman » au bout du fil. 

Ça n’a pas pris une seconde que celle que je venais à peine de coucher pour se reposer, s’est levé d’un coup, prête à tout faire pour apaiser son enfant. Au diable les bons draps moelleux qui sentent bon la lavande ! Au diable la musique douce !  Elle était prête à reprendre du service. Je l’ai laissé faire un peu. Ça lui a fait tellement plaisir ! Après, je l’ai ramené vers son bon lit moelleux qui sent bon la lavande, je lui ai mis de la musique douce et je l’ai bordé avec tendresse.

Bon ! oui, je le savais et j’en ai eu la preuve encore une fois, que la maternité est un pays dont on ne revient jamais !

La légende de l’envol du papillon

La légende 

Si une personne désire qu’un vœu se réalise, elle doit prendre un papillon et lui souffler ce vœu avant de le libérer. Puisque le papillon ne peut faire de son, il ne peut révéler le vœu à quiconque sauf au Grand Esprit qui entend et voit toutes choses.

Ma fille était enceinte de mon petit-fils Rémi lorsque je participai à l’activité de l’envol des papillons sur mon lieu de travail. Nous savions que ma fille était enceinte d’un garçon. Il faisait très froid pour une journée de septembre. Je soufflai plusieurs minutes sur ma petite boîte contenant mon papillon. Je fis le vœu que celui-ci aime les arts visuels. Je souhaitais partager ma passion de la peinture, du dessin, des couleurs, des textures avec ce futur enfant à naître. J’ouvris la boîte et le papillon s’envola vers un arbre.

Puis j’oubliai mon vœu.

Quelque deux ans plus tard, ma fille m’envoya cette photo de Rémi en train de peindre pour la première fois. J’étais émerveillée de voir cet enfant, ce Rémi tout petit regarder sa peinture avec une telle attention. C’est à ce moment précis que mon vœu m’est revenu à la mémoire.

Oui, on peut dire que c’est un hasard. On peut dire que ce vœu fait avec toute mon âme n’a rien à y voir. Peut-être !

Le fait est que Rémi est un enfant qui adore les arts et j’en suis fort heureuse, car je partage beaucoup de beaux moments de créativité avec cet enfant !