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Ma Loulou

Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé les chiens. Je me souviens d’un basset que je prenais par les pattes de devant et avec lequel je dansais dehors dans les champs de fleurs sauvages lorsque j’avais quatre ou cinq ans, d’un gros St-Bernard sur lequel je me couchais par terre dehors, d’une petite chienne pure race bien mélangée qui s’appelait Bouboule, quelques chiens berger allemand, race que mon père affectionnait particulièrement. Ils ne restaient jamais très longtemps. Mon père finissait toujours par les donner ou les faire disparaître….. Dans ce temps-là, un chien, ça restait dehors sur la ferme ou au bout d’une chaîne accrochée à une niche. Les vétérinaires étaient rares et les gens ne dépensaient pas pour les garder en vie et en santé. 

J’en ai ramené des chiens chez moi, quelques années plus tard. Pour les voir disparaître quelques jours, quelques semaines ou quelques mois plus tard !

Aussitôt partie de chez mes parents, je suis allée chercher un chien. Une femelle colley. Elle a vécu onze ans. Par la suite, j’ai eu deux colleys qui ont vécu jusqu’au bout de leur vie respective.

Et puis une golden retriever est entrée dans ma vie. Des gens l’avaient trouvée sur la route et l’avaient amené au refuge pour chiens le plus près. Cette jeune chienne ne payait pas de mine. Elle était maigre et avait eu des bébés quelques semaines auparavant. Ma deuxième chienne colley venait de mourir de vieillesse et je m’ennuyais d’avoir un chien. J’ai eu un coup de cœur pour cette golden attachée à un arbre, qui pleurait avec un bout de bâton de bois dans la gueule. Je suis repartie avec elle. Je l’ai fait stériliser. Une bonne nutrition, de longues marches et beaucoup d’affection sont devenues ses habitudes quotidiennes. Ce ne fut pas facile pour autant. Loulou prenait la clé des champs aussitôt que la porte de la maison s’ouvrait. Je l’ai ramené quelques fois au bercail en me demandant si elle finirait par développer un lien d’attachement avec moi un jour ! Elle est devenue au fil des mois une magnifique chienne enjouée et attachante.

Un an plus tard, je vendais ma maison et déménageais en banlieue. Comme Loulou était une chienne de maison, ça ne me posait pas de problème.  Elle ne semblait pas affectée le moins du monde de passer d’une grande maison à un appartement. J’ai trouvé un travail à temps partiel au début. Je l’amenais marcher plusieurs fois par jour. Les trois premières années qui ont suivi mon déménagement se sont passées ainsi pour Loulou et moi. Puis je suis entrée sur le marché du travail à temps plein, soit quarante heures par semaine. Je rentrais chez moi, exténuée après le travail. Plus de temps pour de belles grandes marches. Seulement des marches la fin de semaine. Ça me faisait de la peine de voir Loulou toute excitée de me voir à mon retour, moi qui n’avais plus aucune énergie en réserve pour elle. Elle me faisait la fête, puis retournait se coucher sur son coussin, la mine basse. Elle passait toutes ses journées seule. Je la sortais le soir pour qu’elle puisse faire ses besoins et le matin en vitesse avant de partir travailler. Je me sentais de plus en plus coupable, partagée entre mon obligation de travailler pour gagner ma vie et celui de donner du temps à ma chienne. Mon style de vie avait complètement changé en quelques années. Malgré tout Loulou semblait se contenter de cette réalité, même si je pensais qu’elle devait sûrement s’ennuyer. Un soir, en rentrant du travail, j’ai trouvé la poubelle renversée et le contenu éparpillé par terre. Loulou n’avait jamais rien détruit, ni fouillé dans les poubelles pendant mon absence. Elle n’avait jamais fait de dégâts dans la maison. Quand un chien commence à avoir ce genre de comportement, c’est un signe que quelque chose ne va pas. Loulou n’avait plus une vie bien excitante et stimulante. Elle vieillissait aussi. Et je voulais lui procurer ce dont elle avait besoin.

C’est pourquoi, après mûre réflexion, j’ai pris la décision de lui trouver un nouveau foyer. Ma peine était immense, mais comme ma chienne était totalement dépendante de moi pour son bien-être, c’était à moi d’apporter des changements pour qu’elle soit bien. C’était une gentille chienne, douce et obéissante. Elle était encore en forme et en bonne santé malgré ses huit ans et quelques mois. Elle aimait tout le monde. Elle aimait beaucoup les enfants. Elle m’était très attachée, mais je savais qu’elle serait aussi bien avec une famille qui aurait du temps pour s’occuper d’elle. Je souhaitais lui trouver un bon foyer dans lequel elle pourrait continuer sa vie. J’étais convaincue qu’elle pouvait vire encore plusieurs années. Je souhaitais trouver un couple ou une famille qui aime passionnément les chiens et qui aurait du temps à consacrer à une gentille golden toute blonde. Je souhaitais pouvoir aussi rester en contact avec Loulou et la voir de temps à autre. C’est une gentille famille avec six enfants qui ont réussi à gagner ma confiance. Nous avons procédé graduellement et Loulou est finalement partie vivre dans cette famille. Je demeurais la gardienne pendant les vacances et je pouvais l’avoir avec moi quand je voulais. Loulou s’est très vite adapté à sa nouvelle vie. J’ai pu la voir et la garder régulièrement pendant deux ans.

La dernière fois que je l’ai gardé, c’était pendant mon mois de vacances. Quand je suis allée la reconduire dans sa famille d’adoption, pour la première fois, elle n’a pas voulu sortir de l’auto. Son comportement m’a troublé. Nous venions de passer un mois ensemble et elle était en pleine forme. Ensuite, quand l’automne est arrivé, Loulou a commencé à moins bouger, les enfants semblaient la déranger, il lui arrivait de s’échapper et faire ses besoins dans la maison. J’ai reçu un appel de sa maîtresse adoptive début décembre. Loulou n’allait pas bien. Elle toussait beaucoup. Elle n’avait pas mangé depuis deux jours et avait de la difficulté à respirer. J’étais à mon travail et à quelques heures de sa famille d’adoption. Le vétérinaire a diagnostiqué une pneumonie. Ses poumons étaient aux trois quarts emplis d’eau et Loulou était complètement déshydratée. Elle avait très peu de chance de s’en sortir. Nous n’avions pas, ni moi, ni sa famille adoptive, l’argent pour la faire soigner. Et ce n’était pas assuré qu’elle s’en sortirait. Après en avoir discuté, j’ai alors décidé que ce serait mieux de la faire euthanasier. Sa maîtresse adoptive attendait mon accord pour agir. J’aurais aimé prendre Loulou dans mes bras et l’accompagner dans son départ. Mais elle était trop souffrante. Je ne voulais pas qu’elle souffre plus longtemps. Loulou est partie dans les bras de sa maîtresse adoptive, ses beaux yeux doux de golden fixés sur elle. Elle semblait lui dire merci de la laisser partir. On a beaucoup pleuré. Je me suis sentie coupable de ne pas avoir été capable de garder Loulou après son séjour chez moi au mois d’août. Je me suis rendue compte qu’elle était tout simplement rendue au bout de sa vie de chien. Malgré tout, je savais qu’elle avait eu une belle vie remplie d’amour, et ce, en double ! Nous avions fait de notre mieux avec les moyens que nous avions pour que notre Loulou soit heureuse. Et elle a été très aimée et choyée.

Quelque temps après son décès, j’ai rêvé à Loulou. Elle s’amusait avec d’autres chiens et des enfants. Quand elle m’a vu, elle est venue vers moi en courant. Je me suis penchée sur elle et l’ai serré très fort dans mes bras. Je l’ai regardé longuement. Elle a appuyé son front sur mon front. Je voyais qu’elle était guérie de sa pneumonie. J’ai ouvert mes bras et après un dernier regard, elle est repartie rejoindre ses amis. Quand je me suis réveillée, j’ai compris que Loulou était venue me dire au revoir et qu’elle était bien. J’ai alors su que le paradis des chiens existe, que Loulou y habite et que je la retrouverai un jour.