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Solitude face à la mer

Une amie m’a montré une photo de sa petite fille assise devant la mer. Il m’est aussitôt revenu en mémoire le livre Solitude face à la mer d’Anne Linbergh que j’ai lu vers la fin de ma vingtaine.

Ce livre m’avait alors bouleversée. J’étais une très jeune mère de trois enfants, débordée dans mon rôle de mère et complètement ignorante de la femme que j’étais en dehors de ce rôle.

L’auteur a écrit ce livre dans les années cinquante. En lisant ce livre, je me suis rendue compte que même dans les années quatre-vingt, je vivais les mêmes questionnements. 

J’ai grandi en me disant que le rôle traditionnel des femmes ne m’attirait pas. Je croyais à l’égalité des sexes, au partage des tâches à l’intérieur du couple.

Force m’a été d’admettre que ma réalité était beaucoup plus près du modèle traditionnel d’homme pourvoyeur et mère au foyer. En lisant ce livre, j’ai senti les murs qui m’enserraient, mon insatisfaction dans ma vie de femme de ne pas avoir pu changer les choses comme je le souhaitais.

Une fois passé cette constatation, j’ai commencé à chercher ce que j’avais envie de vivre comme femme, comme être humain. Comment découvrir qui je suis en dehors de la maternité.

J’enviais cette femme qui s’était isolée, seule face à la mer, pour réfléchir à sa vie, faire le bilan. Je me souviens avoir ressenti une peine sourde de ne pas me permettre cette introspection. J’avais tant besoin de solitude, mais j’étais incapable de m’éloigner de mes enfants, de ma famille.

Je ne suis pas allée faire d’introspection seule face à la mer. J’ai fait mon introspection seule face à moi-même au fil des années qui ont suivi. J’ai fait des choix parfois heureux, parfois déchirants. J’ai fini par découvrir le diamant brut qui sommeillait en moi. Et je n’ai de cesse de le façonner, le polir pour en extraire le meilleur.

J’ai la chance d’habiter un pays où les femmes ont le droit de choisir leur vie, ont la liberté de choisir un métier qui leur plaît, conventionnel ou non, ont la liberté de porter les vêtements qui leur plait, d’avoir des enfants ou non, de rester à la maison pour les élever ou non. Ce n’est pas ainsi partout dans le monde.

Cela me blesse profondément quand je vois que le principe féminin est si peu valorisé alors que l’être humain n’existerait même pas sans le concours des femmes sur notre chère et belle planète bleue qui tourne toute seule dans le vide de ce vaste univers !

Pour ce petit bout de femme qui regarde la mer, combien de petites filles à travers le monde ne connaîtront même pas la signification du mot liberté !

Je suis heureuse pour cette petite fille qui a la vie devant elle. Sa vie lui appartient. J’aimerais tellement que toutes les petites filles de la terre aient cette chance.